Obsèques de Jeanne Rayne

Le 6 novembre au moment où un dernier hommage était rendu à Lacanau à notre président honoraire Jean Samson se déroulaient, à 90km de là, à Martres, les obsèques non moins émouvantes de Jeanne Rayne. Moins de drapeaux qu’à Lacanau. Mais celui de notre section était aux côtés du cercueil dans l’église Saint Pierre de la commune beaucoup trop petite pour contenir la foule des Martrais venus dire adieu à celle qui durant 52 ans avait présidé aux destinées de la commune. La SMLH était représentée par le Colonel André Dulou.

L’émotion et le recueillement étaient au rendez-vous. La dignité aussi, celle dont a toujours fait preuve cette petite fille d’émigré italien, née Jeanne Todeschini, elle-même « réfugiée » de Meurthe et Moselle en Gironde en 1939 à l’âge de 7 ans et parfois obligée de faire face aux sarcasmes des autochtones à l’égard des « boches du Nord ».


Mais Jeanne Rayne est une femme « forte » comme la qualifie ses enfants et petits-enfants venus témoigner de cette vie exemplaire d’une apprentie couturière devenue gestionnaire du garage de son mari lequel décède en 1990. Ils ont eu 35 années de mariage, 4 enfants et déjà des petits enfants mais surtout Jeanne a été élue en 1967, à 35 ans, maire de Martres. Elle va le rester sans discontinuer jusqu’au dernier renouvellement.

 

Être maire d’une petite commune est un engagement de tous les instants et sur tous les fronts : l’aménagement et l’équipement de la commune mais aussi la sécurité des biens et des personnes sur le territoire communal, mais encore ce que nous appellerions aujourd’hui le « lobbying » auprès des grands financeurs publics pour mener à bien les opérations indispensables à la vie locale malgré les faibles ressources de la commune.

 

Elle nous avait décrit son quotidien d’élue lorsque nous l’avions interviewée dans le cadre de l’opération « grands témoins des 30 Glorieuses ». Benjamine des élus en Gironde lors de son 1er mandat, elle se présentait elle-même comme une femme et une épouse indépendante ce que n’ont pas manqué de rappeler les membres de sa famille et l’élu communal chargé de son éloge funèbre.

 

Mais comme beaucoup d’élus sans doute Jeanne Rayne avait insisté sur son action en faveur du maintien à domicile des personnes âgées et de l’aide aux personnes en situation de handicap. Fièrement elle rappelait que durant 30 ans elle avait été présidente de l’AMAD.

 

C’est cette ardeur au service de ses concitoyens qui lui valait en ce 6 novembre 2024 la
reconnaissance de ses administrés, et l’admiration de ses collègues maires venus en nombre des communes voisines pour son dernier voyage, elle qui s’animait en parlant de son « séminaire annuel » en septembre lorsqu’elle regagnait sa terre natale pour visiter sa famille restée là-bas ou les rallyes en Alsace et jusqu’en Allemagne du club de « Tractions Avant » dont elle faisait partie avec son époux lorsqu’il était encore à ses côtés, et qu’elle est allée rejoindre dans le cimetière qui jouxte l’église Saint Pierre.


La famille et la municipalité ont tenu ensuite à accueillir la population dans la salle des fêtes voisine, dernière réalisation de Madame la Maire, dans laquelle elle réunissait chaque année tous les habitants pour un moment de partage et de convivialité.

Ce dévouement au service de la collectivité publique et la longévité de son action, ont été
récompensés par les médailles d’honneur Régionale, Départementale et Communale remises par les préfets de la Gironde. L’ordre national du mérite l’a élevé au grade d’officier dans l’ordre national du mérite le 14 novembre 1996 avant qu’elle ne soit décorée de la légion d’honneur, par Alain Juppé, le 05 octobre 2010.

Les élus étaient présents et parmi eux (au milieu du groupe en manteau blanc) on distingue notre compagnonne Christiane Dulong maire de Daubèze.

Marie-Christine Plessiet
Présidente déléguée du comité de Pessac et des Graves